Carnet de routes n°5 – Myanmar

Le 2 décembre, nous quittons la Thaïlande trés curieux à l’idée de découvrir la Birmanie, pays coupé du monde depuis le coup d’etat du général Thein Sein en 1962. 50ans plus tard, suite aux sanctions internationales et la montée du partie d’Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la Paix en 1991), la junte militaire s’affaiblit et décide d’ouvrir les portes du Myanmar pour attirer les investisseurs étrangers et les touristes.

Quelques jours aprés avoir passé la frontière, nous sommes déjà sous le charme. Les Birmans sont si curieux, souriants et accueillants. Ils ont vraiment le coeur sur la main. Leurs sourires, leurs histoires, leur acceuils pour boire un thé ou jouer au chilon (sport national Birman: mix de foot et volley-ball), etc. Screen Shot 2016-01-05 at 14.03.34Tout le long de notre voyage, nos rencontres seront toujours de plus en plus riches et intenses. Ces moments de partages avec Anthony, Santos, Mama, Peauty, TanTan, Damkalay, les frères Salt et tous les autres dont nous avons oubliés le nom ou échangé que quelques minutes, nous les oublierons jamais.

C’est à Malawiyine que tout a commencé. Le long des rues, on aperçoit des centaines de tâches d’une belle couleur rouge vive. Nous faisons vite le rapprochement quand nous voyons que la moitié de la ville se met à cracher constamment un liquide bien juteux. Curieux, on demande à un marchand:

- What is it ?
- KUNJA! Tobacco, this, this, this and this
– Can I try ?

Pour 100 Kyats (0,07€) Quentin mange cette noix de bétel enrollè dans une feuille avec du tabac et une sorte de chaux qui sert a libérer les effets stimulants de cette herbe et faire saliver abondamment. Le gout est acide et terreux avec un arrière goût de medicament sucré. C’est écoeurant! Aprés quelques minutes, sa langue commence légèrement à s’engourdir avant de cracher ce joli jus brun-rouge au plaisir des passants, moto-taxi et marchands qui rigolent à l’idée de voir un occidental manger leurs fameux “kunja”. Nous reverrons ces tâches rouges qui décorent les villes Birmanes tout le long de notre séjour, mais jamais autant que dans le Sud.

Screen Shot 2016-01-05 at 13.53.34Screen Shot 2016-01-05 at 13.42.51

 

 

 

 

Trois jours plus tard, nous faisons un stop Hpa-an, petite ville au beau milieu de la campagne Birmane qui nous a réservé quelques surprises: la traversée d’une cave remplie de chauve-souris dans le noir complet pendant 1h30 avec pour seule lumière, le flash de notre portable et un magicien/hobo qui s’amuse à mettre le pied d’un enfant sur son cobra ou à le faire danser dangereusement avec sa flûte en bois à quelques centimètres de la foule… Nous repartons avec plein d’images en tête en direction de Loikaw, à l’Est de la Birmanie dans l’état du Kayah mais c’est à 700km! Nous arriverons à 3h du matin à Taungoo, à mi-chemin, prêt à bien dormir pour reprendre la route le lendemain mais nous souhaitons confirmer les horaires des prochains bus.

- At what time is the bus tomorrow to Loikaw ?
- Loikaw. 6am
- No bus in afternoon or night ?
- No. Loikaw. 1 bus only. 6am brother (c’est le surnom de tous les strangers)
- And how long approximately ?
- 12hours

- ****

On part faire une sieste dans une pauvre guesthouse le long de la route avant de reprendre la route. Ces 24heures de transport pour rejoindre Loikaw nous aurons exténués mais le jeu en valait la chandelle! Screen Shot 2016-01-03 at 09.49.02Nous pouvons nous rendre dans le dernier fief de Birmanie du groupe éthnique Padaung, plus connu sous le nom des femmes girafes! Ce genre de personnages, nous les voyons d’habitude derrière nos écrans devant National Geographic ou Arte. Aujourd’hui, on les voit, on leurs parle. Leurs colliers, qui pèsent facilement dans les 3kg, sont impressionnant. Entre les légendes et les recherches des anthropologistes concernant l’intérêt de cet objet autour du cou, nous ne savons pas qui croire… À notre retour, nous offrons une écharpe à la “manager” de notre guesthouse qui pendant 3jours nous aura bien aidé. Quelques minutes plus tard, on l’entend dans les couloirs “Look, this is my gift from the tourist! I am so happy! Look! From the tourist, a gift” puis elle toque à notre porte pour nous offrir l’habit traditionnel Birman, un laungy. Charmante!

Pour rejoindre le lac Inle, nous remontons la rivière Salween pendant 7heures entre les sacs de riz et le moteur claquant de notre bateau de fortune, rythmé par les arrêts dans les villages/temples flottants des autres passagers. Le lendemain, nous allons directement à Kalaw pour faire un trek de 3jours le long des collines et vallées de l’état du Shan.
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C’est à travers les champs de blé, sésame, chili, avocat, maïs, riz etc et notre nuit chez l’habitant que nous découvrons la vie de ces fermiers et de leurs enfants dont la jeunesse a été bien plus rock’n’roll que la nôtre. Dans le sud de Kalaw à 4ans, ils s’amusent dans les champs de chili, à 7ans, ils jouent nus dans une marre à monter sur le dos des buffles et à 10ans, ils commencent à travailler dur dans les champs… Les enfants qui travaillent en Birmanie, c’est monnaie courante. Triste réalité.

Nous aurons également l’occasion de dormir dans un monastère perché dans une colline où les chants des novices (les “enfants moines”) nous réveillerons à 6h du matin… Une semaine plus tard, ça sera autour des poules, des porcs et Screen Shot 2016-01-03 at 09.55.02des chasseurs de nous réveiller. Un peu moins magique mais tout aussi intéressant. C’etait à Mindat petite ville perdue dans les montagnes dans l’Est de la Birmanie que nous sommes reparti pour un trek de deux jours et c’est dans une famille de chasseur-cueilleur que nous passerons une nuit.

La veille, notre ami Tantan nous invite dans le nouveau restaurant de son ami pour discuter du programme du trekking. Au cours de la conversation, nous lui parlons de notre projet MCMA et de notre partenaire Travelwithamission.org pour faire du volontariat dans plusieurs pays. Il réponds:

- I have an association too guys. Wanna help us ?
- Yes sure. When ?
- Tomorrow, 8am. Are you in to clean the city by collecting garbage with us ?
- Why not ?

Pendant une matinée, nous aiderons Tantan et sa communauté à nettoyer la ville. Nous souhaitions casser un peu ce mythe d’homme blanc = homme riche/influent car nous avons souvent remarqué, qu’en Asie du Sud, les locaux dévouent trop de respect envers les touristes. Nous, Européens, nettoyons également nos villes et pouvons se salir les mains comme tout le monde. Visiblement, notre geste aura fort plu aux habitants de Mindat. Ils sont tous fiers de poster une photo de nous sur facebook et nous montrer qu’ils ont eu plus de 550likes. Par la suite, nous serons invités à un mariage d’un de nos collègues éboueurs. On nous fera également visiter la ville et découvrir ses traditions dont cette femme légendaire qui fait de la flûte avec son nez!

Nos cinq jours à Mindat ont été riches en rencontre mais ceux de Bagan sont juste extraordinaires. Nous avons assez contemplé de temples en Asie mais ceux de Bagan sont juste extraordinaire. Nous sommes bluffés, comme tous les autres touristes par la beauté, l’architecture et ces peintures de plus de 800ans sont si bien préservées. On n’a rien à dire à part vous inviter à regarder nos photos sur Flickr pour vous donner envie de venir!

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Le 24 décembre à Yangoon, capitale de la Birmanie, nous avons rendu visite à notre première Institution de Micro-Finance, Sont Oo Tehtwin. Notre rencontre avec le staff de SOTH et les micro-entrepreneurs sera notre cadeau pour 2015! Que demander de plus. On attendait ce moment depuis plus d’un an! Ces deux jours ont été tellement enrichissants. On a hâte de tout vous raconter en vidéo cette fois-ci ;)

Stay tuned,
Agota & Quentin

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Carnet de routes n°4 – Sawasdeeee

Le 7 Novembre, nous passons la frontière Lao-Thaïlandaise avec pour seul objectif: foncer à Bangkok pour faire nos visa Birmans avant que la famille d’Agota arrive. Après deux tentatives qui ont échoué notamment à cause d’une fermeture exceptionnelle de l’ambassade pour des vacances hindouistes alors que le pays est bouddhiste, la troisième, c’est la bonne! Et, nous pouvons enfin partir à la découverte de Bangkok, cette ville folle qui ne dort jamais.

Avec ses 9 millions d’habitants, c’est une des plus grandes mégalopoles d’Asie du Sud-Est. Toutes les rues, que ça soit dans le centre ville ou la périphérie, sont pleines de vies. Bangkok est une ville fascinante où le passé côtoie le futur. Nous découvrons également une nouvelle cuisine avec bien plus de saveur et d’épices. C’est succulent! Et, contrairement aux Cambodgiens, les Thaïlandais admire, voir vénére, la famille royale.

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En attendant Katalin et Balazs, nous érrons dans les quartiers en sautant aléatoirement dans des bus pour découvrir cette ville gigantesque. Un jour, nous prennons un bus en pensant découvrir un nouveau quartier mais au fil des kilomètres on se pose des questions:

- Sir, where are we ?
- Bang Bung
- No Bangkok ?
- No. Bangkok, 30km.

On s’arrête sur-le-champ. Un bus retour il y en a sûrement un mais à quelle heure, on ne sait pas et les chauffeurs non plus on dirait. En attendant, nous faisons un tour dans le quartier et passons devant ce vieil entrepôt où un couple fabrique du lait de coco. Nous passeronsOLYMPUS DIGITAL CAMERA le reste de l’après-midi avec eux. Il nous explique leur métier avec une grande fierté. La production est longe, risquée et fatigante. Pour produire 1L de coco, il faut compter 1h à crocheter, éplucher, casser, vider, broyer, presser, etc la noix de coco. Le tout pour 20baht, soit 0,60€.

Le lendemain, nous partons pour 4 jours avec les parents d’Agota à la découverte de Bangkok et ses superbes temples ainsi qu’Ayuthaya, l’ancienne capitale Thaïlandaise.
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Une semaine et demie plus tard, nous partons dans le Nord de la Thaïlande pour trouver un camp de Muay Thaï (boxe Thaïlandaise). Nous nous arrêterons à Chiang Maï mais entamerons nos recherches que trois jours plus tard. Une journée repos s’impose suite à une nuit fatiguante passée dans un train sans couchette où nous étions réveillés toutes les heures par les klaxons des trains qui arrivaient en sens inverse. Réveil en sursaut garantie! Puis, nous avons été retardé par deux superbes journées: ascension d’une montagne à 1700m, visite d’un camp de retraite pour les éléphants et un cours de cuisine thaïlandais. Bref, nous nous sommes bien reposés avant d’attaquer nos 4-5h de sport intense par jour pendant 1 semaine.

Lundi 23 Septembre, nous commençons notre semaine de boxe au HongThong Muay Thaï Camp. Dirigé par deux frères reconnus à travers la Thaïlande et à l’international, ce petit camp dans le sud de la ville nous offre une expérience unique! Le Muay Thaï pour Joe et Gen Rachata, c’est toute une passion, toute une vie! Ils ont commencé à l’âge de 7ans. Aujourd’hui trentenaires, ils ont pour ambition de transmettre le Muay Thaï dans les règles de l’art aux experts comme aux débutants. C’est un plaisir et un honneur de les avoir comme entraineurs!

Une session d’entraînement dure en général 2h-2h30. Le programme du matin et celui de l’aprés-midi sont similaires. Voici le détail de notre quotidien:

  • 7h30/45: échauffement avec 15-30mn de course, 30mn de corde à sauter et pompes
  • 8h30: plusieurs rounds de frappes au sac avec poings, coudes, genoux et pieds, avec pompes et 1-2 minutes de repos entre chaque round
  • 9h: plusieurs rounds de frappes contre un entraîneur, avec 10 pompes entre chaque round et 1-2 minutes de repos entre chaque round
  • 9h30: renforcement musculaire avec des différents exercices d’abdos puis étirement jusque 10h

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Entre 10h et 15h30, à part prendre notre déjeuner, nous dormons. Impossible de faire quoi que ce soit. Nous sommes littéralement exténués après chaque entrainement. En 1 semaine, nous viderons deux pots de Tiger Balm, une crème à base d’herbes médicinales pour se soigner de nos coups et crampes.

Au lit à 21h maximum, nous n’étions pas vraiment prêt physiquement à remettre ça le lendemain mais il fallait tenir jusqu’au bout! Agota fera une session par jour et sera régulière. Quentin le sera moins. Avec deux sessions par jour, la fatigue le rattrapera rapidement. Le troisième jour, impossible de suivre le rythme. Il fait une pause et dormira pendant 20heures avant de terminer la semaine avec Agota. Nous partirons du camp samedi aprés-midi, épuisés mais heureux d’avoir découvert le sport national Thaïlandais. Nous aurons pris beaucoup de plaisir à pratiquer ce sport et souhaitons renouveler l’expérience en Europe si possible. Par contre les combats, c’est une autre histoire. Probablement, jamais de notre vie.

Pour atteindre le Myanmar, nous devons rejoindre Mae Sot soit revenir sur nos pas. Début décembre, nous passons la frontière prêt à découvrir cette ancienne dictature d’une junte militaire folle qui a enfermé le pays à double tour pendant des décenies. Le choc culturel et historique est de hauteur. Nous sommes en Birmanie seulement depuis 6 jours mais nous sommes déjà sous le charme…

On vous expliquera tout dans le prochain carnet de routes,
Ciao

Agota & Quentin

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Carnet de routes n°3 – 2,700km au Laos

Par où commencer pour vous décrire le Laos ? Nous nous n’attendions pas à voir autant de différence avec le Cambodge. Encore sous la tutelle communiste, les drapeaux de l’URSS, les affiches de propagandes et les hommes et femmes en uniforme font partie du décor. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est un plaisir de voyager dans un pays si conservateur!

Des 4000 îles du Mékong au Sud jusqu’aux montagnes de Phong Sali, 2000km plus au Nord prés de la Chine, le Laos nous a dévoilé son charme sous toutes ses formes.  Avec ces 6 millions d’habitants, une des plus grandes richesses OLYMPUS DIGITAL CAMERAdu Laos reste ses diverses minorités ethniques qui représentent presque 40% de la population. La plupart sont encore dans des villages éloignés de la civilisation mais nous avons l’occasion d’en voir prés des routes, dans quelques villages ou les marchés. Leurs visages rivalisent de caractère! C’est sûr, le voyageur en quête d’authenticité trouvera son bonheur au Laos.

On trouvera le nôtre à Tha Khaek (Centre Laos) où nous avons traversé 3 parc nationaux en moto en 3 jours.  Nous avons été surpris par la diversité et la richesse de ces parcs nationaux.

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Mais d’un des plus beaux trajets de notre voyage, nous passerons dés le lendemain à l’un des plus effrayants, fatigants et dégoûtants…

De Thahkek à Phonsavan
Avec une moyenne de 20km/h pour les 150 derniers km et un conducteur prés à s’endormir sur son volant aux bord des routes sinueuses au milieu de la nuit, nous commençons un peu à paniquer avec les autres passengers. Sa tête balance à droite à gauche toutes les 5 minutes. Heureusement, après s’être arrêté toutes les 20 minutes pour boire du red bull, se vider une bouteille d’eau sur la tête, se donner quelques claques et crier un coup, ce jeune chauffeur fou nous amène sain et sauf à la station de bus de Phonsavan à deux heures du matin.

Située à 10km du centre-ville, il y a évidemment aucun transport en commun. On demande un coup de main aux deux familles Laosiennes qui étaient avec nous. L’une nous demande de l’argent, l’autre ne veut même pas nous avancer de quelques kilomètres. Super mais on dort où ce soir ?! Fatigués de ces 12h de transports, on décide de se faufiler dans un bus… Quelques minutes plus tard, six Laosiens s’approchent d’un air un peu farouche. On se sent vraiment pas à l’aise et décidons de prendre nos sacs à dos et jambes à notre cou. C’est à 4h30 du matin que nous trouverons une auberge et nous écraserons dans notre lit.

De Phonsavan à Luang Prabang
Après avoir acheté nos tickets de bus pour Luang Prabang, 250km à l’Ouest de Phonsavan, le vendeur nous interpelle:

- Hey guys, don’t forget your water for the travel. Here’s two bottles for you.
– Really ?!
– Yes, it’s include in the ticket.
– Nice. Thanks

20 minutes plus tard, on fait le rapprochement entre les sachets sous notre siège et les bouteilles d’eau. La route était si sinueuse et fatiguante que l’estomac des Laosiens ne tient pas la route. Après la voisine de gauche, celle de droite, celui de derrière, puis son enfant, etc tout le monde s’y met et plusieurs fois tout le long du trajet! Seul le chauffeur, un jeune homme et nous (soit 3 personnes sur 15) n’aurons pas eu de nausées sur les routes montagneuses de la région de XiangKhoang qui veut dire “Hills of paradise”…

ll également difficile d’être indépendant et autonome. Nous en ferons plusieurs fois l’expérience. Voici quelques exemples:

  • Marcher 10km, avec nos sac à dos et le ventre vide, à 6h du matin après avoir dormi que 2-3h dans un bus pour rejoindre l’ambassade Indienne qui au final est un lycée polytechnique.
  • Marcher 40km autour de la ville pour trouver un chemin de randonnée que nous prendrons pas au final car la nuit commençait à tomber. Mais, nous aurons la chance de faire la rencontre de Bounti et sa famille qui nous auront fait goûter le Lao Lao whisky fait maison. Aussi bon que la palinka (digestif Hongrois) nous en prendrons une petite bouteille. Elle est encore avec nous aujourd’hui!OLYMPUS DIGITAL CAMERA
  • Se perdre dans la jungle quelques heures car nous n’avions pas pris de guide pour être “accompagné” deux kilomètres à pied pour voir une cascade.

Après toutes ses péripéties, nous arrivons à Luang Prabang décidé à ralentir un peu la cadence. Cette ville charmante où les bâtiments coloniaux français rayonnent encore sur les rives du Mékong nous offrira l’une des plus belles soirées de votre voyage. Le 28 Octobre, nous aurons la chance de célèbrer la fin de la saison des pluies mais aussi honorer Bouddha. Ce festival appelé “Lua Hua Fai” est un gigantesque défilé de nuit auquel participent des milliers de personnes transportant des bateaux de plus de 5 mètres de long faits de bambous, lanternes en papier et bougies qui éclairent la ville de milles et une couleurs. La chaleur humaine qui se dégage de cette fête nationale est extraordinaire. Tous les Laotiens dansent et chantent sur les rythmes des musiques traditionnelles sorties de leurs enceintes portables “Made in China” grosse comme une valise, des cymbales, baguettes ou tambours des temples bouddhistes.

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Le reste de la semaine, nous en profiterons pour préparer la suite de notre voyage, découvrir la région, discuter avec les moines qui sont très abordables et ont un bon anglais, apprendre/enseigner le français/hongrois et préparer les procédures pour les prochains visas. Nous obtiendrons notre précieux sésame Indien in-extremis, 26 heures avant l’expiration de notre visa Laosien. Nous partons le lendemain matin pour rejoindre cette ville tentaculaire, Bangkok et ses 8.5 millions d’habitants presque qu’autant que la Hongrie!

Agota & Quentin

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Carnet de routes n°2 – De Thnol Trong Village au Laos

À côté de notre soif de découverte, nous avions également envie d’aider les communautés locales. C’est pourquoi, nous avons rejoint le réseaux Travel with a mission, une plate-forme qui met en relation voyageurs et toutes sortes d’institutions (écoles, universités, hôpitaux, etc) afin de partager savoirs et expérience pour favoriser l’éducation et les dialogues interculturels. Notre première expérience était professeur d’Anglais pour les enfants et adolescents de la province de Siem Reap pendant 1 semaine. En voici le résumé en trois parties.

Notre rythme d’enseignant

Classe ABC de 8h-10h30 puis 15h-17h.
Poeuy, le directeur de l’école, nous avait donné quelques conseils pour la classe des plus petits. Mais 2heures de cours pour leur apprendre 3-4 mots ou une question/réponses… Comment on va faire ? Au final, la seule chose dont nous avions besoin c’était de la patience et de la créativité pour lire, écouter, répéter, épeler, écrire sur le tableau, chanter, écrire sur l’ardoise, dessiner, répéter, écrire sur le cahier, recommencer, etc ou encore jouer sur les mots “Ostrey, Octopus, Omelet” ou “How old are you ? I’m 7 years old”. Nous oublierons jamais l’énergie qui se dégageait de ces cours…

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Classe Grammaire de 17h à 19h.
Les élèves étaient plus attentifs et sérieux mais les conditions de travail étaient moins confortables. Ici, la mousson cause de véritables problèmes. Soit les élèves ne pouvaient pas venir en cours, soit nous pouvons pas nous entendre dans la classe à cause de la résonance sur le toit en tôle ou l’électricité étaient coupée. Nous nous sommes rendu compte de la chance que nous avons d’étudier dans des environnements si modernes.

Les élèves, mi-ange mi démon

D’un côté, les enfants étaient adorables. Qu’ils crient tous ensemble en même temps “Teacher! Teacher! Me, me, me!” pour participer en classe, courent à pied nus sur la terre et les cailloux pour jouer au football, font de la “box thaï” ou attrapent des grenouilles, ils ont le sourire étendu jusqu’aux lèvres toute la journée! Ils n’ont rien mais ont l’air si heureux. C’est surprenant!

Mais ils étaient aussi très dynamiques, parfois trop. Et c’est là, qu’être professeur est devenu un véritable challenge! Comparé aux normes strictes et environnement stable que nous avons connu, ici les enfants en ont aucunes! En cours, sauter sur la table, crier, se battre (pour s’amuser), répondre “No!” quand on leurs demandent quelque chose, arriver 40mn en retard sont les normes Cambodgiennes pour ces enfants de 5 à 12ans.

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De plus, comme les enseignants sont les volontaires, les enfants ont souvent des nouveaux professeurs et n’hésitent pas à tester leurs limites dés le premier cours. Il n’est pas facile de s’imposer au début quand on ne parle pas la même langue mais nous nous sommes vite adapter.

Chez l’habitant

Nous étions logés chez le directeur de l’école, Poeuy, et sa famille à 10 mètres de l’école. À côté des cours, nous partageons notre quotidien avec deux autres volontaires (Graham, un Américain de 44ans et Vasco, un jeune français de 18ans), Poeuy, ses filles et sa femme qui nous cuisinent des plats dont nous nous rappellerons toute notre vie: purée de citrouille et les poissons fraîchement pêchés au bout du jardin…

La vie est plutôt paisible dans ce village. Les vaches, coqs, poules, chiens sont dans la cour de récréation et les enfants peuvent venir à l’école pour jouer quand ils le souhaitent que çe soit à 7h du matin ou 8h le soir. Mais notre seul problème, c’était les toilettes. Le jour où nous sommes arrivés, Poeuy nous fait visiter sa maison et les toIMG_4506ilettes au fond du jardin. Il nous explique:

- So, this is the toilet and bathroom. The pool pumped the water from the garden. You can use the bucket to take shower and also as a flush for the toilet.
- Ok. Cool. But, where is the toilet paper ?
- No paper here. You use your hand and the soap.
- Ok…

On se regarde tous et on se comprend rapidement. Avec Graham et Vasco, nous prenons donc les vélos et allons au marché du village mais ici pas de PQ, évidemment. C’est au final, au fond d’un petit magasin que nous trouvons des serviettes pour restaurant. Halleluja!!

Après une semaine passés chez la famille Poeuy, nous devons reprendre la route direction le Nord du Cambodge. Cette expérience était si enrichissante que nous prévoyons de la renouveler dés que possible!

Trois jours plus tard, nous sommes à Ban Lung à 350km de Siem Reap. Nos trajets sont plutôt lents. Comme nous avons la chance de rester au moins 1 mois par pays, nous prenons souvent ces mini-bus avec les locaux pour 50, 100 ou 150km. Mais, il faut s’armer de patience… Nous arrivons en général vers 8h-9h à la station d’essence/station de bus de la ville, négocions un mini-bus puis partons quand le chauffeur en a envie. Parfois, c’est 1h d’attente, parfois 3h. Il faut juste attendre. Pour passer le temps, nous sortons donc nos livres de français (pour Agota) et Hongrois (pour Quentin) et là, c’est le spectacle pour la station! Ils se demandent pourquoi on parle des langues différentes entre nous et veulent tous regarder ce que nous lisons et écrivons dans nos carnets. On rigole bien avec eux l’espace d’un instant avant que notre chauffeur nous gueule du milieu de la station “HEYYYYYYY! LET’S GOOOOOO”.

Bref, à Ban Lung nous terminons d’écrire et traduire notre premier carnet de routes. Pour fêter ça, nous passons la journée au bord d’un lac sacré volcanique – petit moment de paradis et dernier moment au Cambodge car le lendemain, nous passerons la frontière pour le Laos.Screen Shot 2015-10-14 at 09.35.47

Arrivés aux poste frontières, notre poche de gauche a l’argent pour le visa et celle de droite pour les douaniers corrompus. Pas le choix! Nous sortons du Cambodge et faisons notre demande de visa avec les deux premiers guichets sans aucun problème. Mais le troisième, ça se complique.

- Hello Sir, can we have our passport please ?
- No. 4 dollars.
- But we juste paid 30$ each for the visa one minute ago, plus the “1$ service fee”.
- Now, stamps fee. 4 dollars.
- Stamps fee ?! But, we don’t have dollars anymore…

On attend sa réponse. Il reste silencieux puis il nous regardent droit dans le yeux sans aucune expression de visage, prend nos passeports, les mets sur le côté de la table puis croise les bras. Le montant est certes dérisoire mais nous ne voulons pas rentrer dans leurs jeux. Pendant 10 minutes, on essaye de négocier avec lui et la seule réponse qu’on aura, c’est “stamp fee” ou “4 dollars”. Il ne lâche pas l’affaire. Le mini-van nous attend, il faut partir. On prend dans notre poche de droite les 4$ que nous avions préparés puis il nous dit “Welcome in Laos”.

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Carnet de routes n°1 – “Alors, vous êtes prêts ?”

C’était la question tant attendue de cette dernière soirée avec nos amis et notre famille le samedi 12 Septembre, la veille du départ. Nos réponses étaient aussi vagues et différentes les unes que les autres car nous étions autant perdus que confiants, nerveux qu’excités. Nous n’arrivions toujours pas à réaliser que nous faisions partie de ces chanceux qui réalisent ce rêve et que demain, c’était le grand jour! La seule chose qui était encore claire dans nos têtes, c’était de ne pas oublier de mettre quatre réveils pour le lendemain matin.

Une dernière accolade avec tous nos proches puis nous partons pour Paris Charles de Gaulle. Arrivée à l’aéroport 4 heures avant le départ pour être sûr de ne pas rater le vol de notre vie et 22 heures plus tard, l’hôtesse nous annonce “Welcome at Hô Chi Minh city, Vietnam!”. À ce moment, nous nous regardons et sourions car nous devions arriver à Phnom Penh au Cambodge. L’aventure commence… Enfait, nous étions tellement agités tout le long de l’atterrissage à prendre des photos de “Phnom Penh” que nous avions oublié que nous allions faire d’abord un stop chez les voisins Vietnamiens. Si nous sommes déjà tête en l’air comme ça, on va pas aller bien loin! Bref, après 2 heures d’attente dans l’avion, nous repartons pour 30 minutes de vol direction Phnom Penh, enfin.

À peine arrivés en ville que nous sautons sur les street food et cantines du quartier. Toutes ces nouvelles épices, légumes et fruits dont on ne connaissait même pas l’existence nous rendent fou. Rien ne nous échappent. Mais nos estomacs européens nous rappellerons à l’ordre. Nous ne nous attendions pas à utiliser notre imodium/smecta aussi rapidement…

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Les jours suivants, nous partons à la découverte de Phnom Penh ainsi que les sites du génocide pour comprendre ce passé si crue que tant de cambodgiens, voyageurs et guides nous conseillent. De 1975 à 1979, le régime Pol Pot, également connu sous le nom de Khmers Rouges, a instauré “l’année Zéro” où toutes les personnes instruites du pays (qu’elles portent des lunettes, parlent une langue étrangère, soient docteurs ou étudiants) devaient être éliminés pour installer une nouvelle ère. En 4 ans, plus de 3 millions de personnes perdront la vie. Mettez-vous dans le contexte: Du jour au lendemain, 1 personne sur 4 de votre pays serait tuée, et par l’un de vos compatriotes. L’histoire est choquante et tragique, les sites le sont encore plus.

Nous tournons la page et décidons de partir en direction du Sud vers Kampot/Kep en mini-bus. Mais à 30m de la station alors que le tuk-tuk roule encore, quatre cambodgiens sautent littéralement sur notre tuk-tuk ! L’un tire le sac de Quentin d’un côté, son collègue arrache celui d’Agota de l’autre côté évidemment, et les deux autres nous distraient en nous criant au visage tous les noms possibles de villes en Cambodgien. Petit moment de panique avant de comprendre que ces quatres jeunes voulaient juste nous prendre, voir obliger, à monter dans leurs mini-bus pour partir au plus vite. Nous arrangeons un deal avec l’un d’entre eux et deux heures plus tard, nous partons à 22 dans un mini-bus de 11 places. Heureusement que les cambodgiens ne sont pas aussi costauds que les Hongrois! Notre premier transport s’est bien passé: 3h de trajet pour 66kms afin de rejoindre Takeo. La période des moussons nous aura pas épargné cette fois-ci. Nous avons qu’une-deux heures pour découvrir les alentours.

Le 18 Septembre, nous arrivons à Kep, ville balnéaire située au bord de la jungle du park national de la région. Sur ces routes poussiéreuses, nous partons à la découverte des champs de poivres, des grottes du dragon, ses petits villages de pêcheur et agriculteurs et dégustons les plats locaux (calamar, crabe aux poivres, etc). Notre première virée en campagne nous coupe le souffle et décidons de rester quelques jours de plus.Screen Shot 2015-10-01 at 16.33.32

Un soir, nous cherchons notre dîner mais tous les magasins étaient fermés. Pourtant, au bord de la plage sous des cahutes en bois, il y avait une cinquantaine de personnes dehors entrain de boire et manger comme des rois. On s’approche puis un jeune Cambodgien nous demande:

- Hi, Can I help you ?
– Hi, Yes. We are looking for food…
– Come to party with me.  It’s my birthday. There is food for you. No problem. You are my guest. Come!
- Really? That’s very kind, akouen (Merci en Cambodgien)

Avant de rejoindre la fête du village, nous allons chercher un pack de bières au dernier magasin ouvert de la place, celui de ses parents. Le jeune nous installe à côté de ses amis qui nous paraissent bienjeunes. Enfaite, ce cambodgien fête ses 15ans et ses amis, qui boivent de la bière comme de l’eau, ne parlent pas l’anglais. Avec quelques gestes et mots en cambodgiens, on se fait un peu comprendre mais la conversation devient vite ennuyante et compliqué surtout avec cette musique techno Cambodgienne. Bref, nous rejoignons rapidement les tables d’à côté avec les parents où nous commençons une soirée mémorable sous les flots de la bière national “Cambodia” souvent bu dans un verre avec 4 glaçons… Nous ferons la rencontre de Soshi, un chauffeur de tuk-tuk, avec qui nous aurons rendez-vous le lendemain matin vers 9h pour visiter les champs de poivres. Ce jeune père de famille âgé de 30ans nous aura bien fait rire avec toutes ses histoires sur le Cambodge, Kep, les touristes et les français.

Les jours suivants nous reprenons la route tranquillement en repassant par Kampot et Phnom Penh avant de rejoindre Battambang (ouest du Cambodge) à 420kmsScreen Shot 2015-10-01 at 16.11.12 de Kep. Nous rencontrerons Spana, un étudiant en marketing de 25ans. Il finance ses études et aide à sa famille grâce à son tuk-tuk de fortune qui l’a acheté pour le prix de deux vaches! Ce jeune homme un peu fou sera notre guide pendant toute une journée. Il connait la région comme sa poche et nous la fera découvrir avec grande fierté.

Le lendemain, nous partons pour Siem Reap pour visiter les célèbres temples d’Angkor. Cette fois-ci, nous prenons un bus et faisons la connaissance d’Émi, une chino-cambodgienne de 31ans expatrié en Suisse et son père, Seng, un docteur chinois. Nous échangeons beaucoup sur l’avenir du Cambodge, le tourisme, la corruption du gouvernement (sujet que tous les cambodgiens abordent sans exception), son expatriation, etc mais ce qui nous aura le plus marqué c’est l’histoire de l’évasion de ses parents dans la jungle pour rejoindre la Thaïlande lors du régime Pol Pot. Son père, quant à lui, veut tous nous faire goûter. Au final, c’est plus de 5 types de riz différents qu’on goûte: riz à la noix de coco dans du bambou, riz pâteux fourré de soja puis un autre à la banane, riz soufflé avec du sucre de canne, riz sucré à la noix de coco et graine de sésame faite par la tante. Les 4h de trajets sont passés très vite…

Le tourisme à Siem Reap a littéralement transformé la ville. De nos jours, elle accueille plus d’un million de touristes par an et est désormais fort occidentalisée, voir trop. Comme tout le monde, nous partons à la découverte des richesses des temples d’Angkor. Le site de 400km2 a été découvert par notre compatriote français, Henri Mouhot, en 1860. Pour contempler ces temples bouddhistes et hindouistes, parfois encore enfoui dans la jungle, nous partirons à bicyclette. Visiblement, nous sommes que deux-trois couples à le faire. Nous ne sommes pas pressés et la beauté des temples nous ferons vite oublier les 50kms sur ces selles faites pour les petites fesses des khmers. Que les temples soient hindouistes ou bouddhistes, ils sont tous plus grands et magnifiques les uns que les autres. C’était d’ailleurs l’objectif des rois de ce temps, du IX aux XVéme siècle: Construire des monuments religieux toujours plus impressionnant que les anciens. Le système d’irrigation sophistiqué a permis à Angkor d’être une des villes les plus habitée au monde à son âge d’or. Quand Londres comptait 50 000 habitants, Angkor en avait 1 million.

Angkor

Sur la route du retour, nous nous arrêtons à une librairie pour acheter des timbres. Au moment de payer, le manager nous demande:

- Do you want a plastic bag ?
- No, it’s fine. It’s only 2 stamps. Thank you
- It’s very good. Thank you. That’s smart of you!
- It’s normal. why do you thanks us to don’t take a plastic bag ?

Et c’est là que commence une longue conversation. Psy nous explique l’ignorance des cambodgiens face aux enjeux environnementaux. Enfait, le problème fondamental est le manque crucial d’éducation. Le gouvernement n’investit pas suffisamment dans ce secteur. Encore un cambodgien qui nous fait part de son mécontentement face aux actions de son gouvernement.

Et voilà pour notre premier carnet de routes! Dans le prochain, nous vous partagerons notre expérience de professeur d’Anglais, notre vie dans la campagne avec les locaux et le Nord du Cambodge….

Comme dirait les locaux “Lihaï Pougma” qui veut dire goodbye my friend ;)
Agota & Quentin

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