Carnet de route n°9 – Les trois petits du Caucasse

Aprés 1mois en Iran, nous sommes impatients d’entamer notre troncon dans le Caucasse. C’est l’Arménie, état aussi petit que la Belgique, la Géorgie, célébre pour sa gastronomie et chaine de montagnes et l’Azerbaidjan dont nous avons aucune idée, qui nous attendent de l’autre côté de ce poste frontiére Irano-Arménien.

Les querelles qui se déroulent dans région du Nagorno-Karabagh, une région Azérie sous la république d’Azerbaidjan selon les Arméniens ou l’inverse bien sur pour les Azeris, sont toutes proches. Malgré cette présence militaire importante, quand les gardes apprennent que Quentin est Francais, ils retrouvent le sourire et s’exclament sans cesse avec une grande fierté “Charles Aznavour” (célèbre chanteur Francais d’origine Arménienne). Ca change des citations de “Zidane” et puis chanter quelques phrases avec eux détends un peu l’atmosphére.

À 3h du matin, nous sommes de l’autre côté, excités à l’idée de découvrir ces trois nouveaux pays les deux prochains mois. En quête de civilisation et d’internet, nous filons à Yerevan, la capitale. Chaque matin, nous repoussons notre départ et y resterons au final huit jours. Cette aspirante capitale nous a comblé. Son unique architecture faites de veilles pierres imposantes roses pâles qui couvrent toutes les facades de quasi tous les immeubles est au départ fort étrange, on l’appelle d’ailleurs “la ville Rose”. imageMais cela offre beaucoup de charme au final. Et cette liberté… Des cafés à chaque coin de rue, de la musique dans la rue, des bars, des musées, des galeries d’art, des jazz-clubs, des femmes qui boivent un café dans un parc avec leurs amies et enfants sans voile, bras découvert, jean… Ca vous parait complétement normale mais aprés l’Iran, c’est le retour à la “réalité”. Même si le choc aprés ce pays n’y ai pas pour rien, Yerevan reste quand même une superbe capitale qui n’a rien a envier à nos capitales Européenes, si ce n’est leur taille.

Ce que nous avons préféré dans cette ville lilliputienne ?

- Jouer aux échecs au centre sportif de Yerevan uniquement dédié à ce jeu. Les échecs, c’es un style de vie ici. Tout le monde y jouent dés 7ans. C’est même un cour dans les écoles, comme le yoga en Inde;

- Gouter le “snickers” Arménien. Un filet de noix recouvert d’une pâte de fruit sec. Excellent, surtout celui à la framboise. On retrouvera les mêmes en Géorgie mais bien plus copieux et farineux;

- Profiter des nombreux jazz-clubs de la ville dont le plus célébre Malkass Jazz Club qui nous aura fait vibrés pendant plus de 4heures avec deux groupes de musicien.

- Apprendre que le fromage Arménien peut-être aussi fort que le fromage Francais, on pourrait croire que nous buvons directement du pie de la vache;

- Visiter l’un des plus vieux monastére du pays où vous prenez vite goût à chanter avec un échos lourd et puissant comme les moines “Moooohoooo hooooo oooooo oooooo… Amen”. N’oublions pas que l’Arménie est le premier état Chrétien au monde. Fondée en 303, ils ont aujourd’hui des dizaines de monastéres à travers tout le pays. Nous en ferons trés peu étant donné que celui de Geghart nous a vraiment émerveillé;

- Prendre des “Matshutka”. C’est les moyens de transport dans le Caucasse. Ce terme est tellement répresentatif de ce mini-bus bondé où l’on se tient même debout la tete bien courbée vers le sol, ou si on a la chance de s’asseoir on peut etre amené à partager son siége entre des cartons remplies de poules (dans la campagne, pas en ville bien sûr) ou des colis! Et oui, le Matshutka fait également office de poste. Tout comme en Afrique d’ailleurs;

- Prendre un train pour aller à Gyumri, une ville où il n’y à rien à voir et faire. Mais le trajet dans ce vieux train qui longe la frontiére Turque nous aura offert de superbes vues et aussi l’opportunité d’y acheter des herbes, radis et salades depuis notre banquette en bois d’un autre siècle. Les vendeurs ambulants dans les trains ou les stations des bus, c’est tout une histoire d’amour. Ils ont parfois des concepts tellement originaux. On adorent, surtout quand nos estomac se creusent. On a eu de belles et mauvaises surprises. Tout est possible, vraiment. En Azerbaidjan, des hommes se baladent avec des vraies présentoirs à roulettes pour vendre des lunettes de soleil (comme chez un opticien), juste avant de prendre un bus. Ca peut toujours etre utile… On ne continue pas la liste, elle est bien trop longue. Bref, à notre arrivée à Gyumri, nous sommes acceuillis chez l’habitant. Encore une belle soirée. Le lendemain nous partons découvrir les ghettos des rescapés du tremblement de terre qui a fait plus de 50 000 morts dans cette petite ville. Même si c’était en 1988, la situation n’a pas vraiment changé. Ils vivent encore dans ces containers aménagés ou baraques de fortune. Nous avons été invitè dans l’une d’entre elles pour boire le café. Il était bon, certes, mais les conditions de vie ne l’étaient pas.

imageAvant de partir pour la Géorgie, nous tentons de faire des randonnées dans le Nord-Est mais la métèo était peu clémente… Pour notre dernier jour, nous marcherons des heures et ferons les équilibristes sur ces pistes de boues. Fin Mai, nous sommes donc en Géorgie avec un beau tampon sur notre passeport mais pas de moyen de transport pour rejoindre Tbilissi, la capitale. Nous avions en effet rapidement sauté dans un matshutka le matin même mais il ne faisait que déposer les passagers aux postes frontières. La plupart des voyageurs avaient déjà préparés leur transport mais nous, organisés comme nous sommes, nous avons rien. On se résigne donc à faire du stop, sans succès. Mais aprés 30mn, on se retrouve dans un camion. On ne dirait pas mais les routiers sont quand meme bien perchés là-haut. Nous aurons une vue panoramique pendant les trois prochaines heures avant que le chauffeur nous largue au bord de la route avant de rentrer dans la ville. On est ou ? On va ou ? On n’a pas de Lari (monnaie locale)… Solution: sauter dans le premier bus public qui ira, on l’espere, dans le centre-ville. Aprés tout, tous les chemins ménent a Rome non ? Arrivée à la station de bus, on sors pour retirer ces fameux Lari et payer notre transport mais le chauffeur nous invite.

Notre entrée dans la capitale nous a fait rapidement penser à Budapest, la ville natale d’Agota. Entre ses édifices majestueux (en l’occurence ici un monastére de plus de 80m de haut) sur la colline et en face de l’autre côté du fleuve, le vieux centre-ville. C’est l’enchantement total! Cette capitale restera l’une des plus belles de tout notre voyage, meme mieux que Yerevan oui mais pas mieux que Budapest tout de même. Nous y reviendrons d’ailleurs 3 fois pour récupèrer nos visas Azéri qui étaient sans cesse reporter à X jours. Et le jour ultime, l’officier ne voulait pas rendre le passeport à Quentin. imageIl pensait que c’était une autre personne avec ses cheveux longs, sa barbe. Depuis notre départ tout le monde pense qu’il est Israelien (70% du temps), Mexicain, Brésilien, Turkménistanais… Jamais Francais, a part quand il commence à parler. 5mn plus tard, nous avons notre sesame. Bref, entre ses multiples retours, nous sommes donc partis une semaine et demie en direction de la Mer Noire à Batumi et faire nos premiéres randonnées dans le Caucasse. Puis une autre semaine dans le Nord pour faire d’autre randonnées dans le Caucasse, encore et toujours. La derniére se fera dans la région du Kazbegi où nous avons repoussé nos limites.

Sur notre carte, nous voyons un camp de base au pied du Mont Kazbek (5000m). Pourquoi pas y aller ? Les guides et les autres voyageurs que nous avons croisé nous signalent que l’ascencion dure 7h, qu’il y a beaucoup de neige et que les chambres au camp de base sont rudimentaires. Nous louons donc deux gros sacs de couchage de 3.5kg chacun qui pendront des deux côtés de notre tout petit sac à dos (nous laisserons nos sacs de voyage en caution car nous n’avions pas nos passeports), des chaussures imperméables et gêtres puisque pour rejoindre le camp nous devrons traverser un glacier. Ne vous imaginez pas un glacier comme dans les films d’alpinisme. Il est recouvert de neige de tout manière mais on a quand meme eu notre dose de sensation forte avec quelques crevasses et le son des avalanches au bord du glacier. Après 4h de marche, nous estimons que nous sommes à mi-parcours. Mais le plus dure reste à venir. Un brouillard épais s’installe confortablement pendant de longues heures sur notre route. Nous ne voyions pas plus loin que 5m et marchions à pas de fourmi sur le flanc de la montagne. Ce paradis tout blanc se transformera vite en cauchemar. Tout d’abord, la glissage d’Agota entre deux flancs sur 25m nous donnera des frissons dans le dos. Chaque heure, nous pensions arriver au camp mais nous avions tort. Nous étions trop lent. Nous mettrons plus de 3h pour couvrir les derniers 2km. La neige bien fraiche et poudreuse nous montait jusqu’aux genoux, voir cuisses parfois. L’ascension est interminable. Entre deux trois rayons de soleil et quand le vent nous le permettait, nous voyons notre camp de base qui ne semblait pas se rapprocher au fur et à mesure de nos pas de mammouth. Et le manque d’oxygène commencait à se faire sentir. La fatigue physique et mentale se fait grandement ressentir également.image

En même temps, c’etait pas vraiment futé de partir ainsi sans vêtements techniques (ils font la différence, croyez-nous) et entrainements. Le manque de sport sur la route (pas facile quand on voyage de faire du sport) nous aura coûté cher, encore. Mais nous étions plus proche de l’arrivée, que le départ, et puis nous avons le principale: bonne santé, chaussures et une bonne grosse envie d’en terminer rapidement. Nous n’avons pas mis 4h supplémentaire de marche mais 7h, soit 11h pour atteindre ce ****** de camp de base! Littéralement exténués, nous nous ecrasons comme des larves à coté du feu dans la piece commune et les guides, qui ont vite compris ce qu’on venait d’endurer vue notre tête, prennaient soin de nous. Une, deux, trois,… sept shots de vodka fait maison pour se remettre sur pied sur des fonds de chant Georgien à la guitare. Ca fait du bien! Dans cette vieille station meteo soviet reamenagé en camp de base, aucun “touriste” que des professionnels ou amateurs d’alpinisme qui veulent tous monter sur le toit du Kazbek. Nous sommes les seuls jeunes, seul couple et Agota la seule femme qui sommes venus dire coucou là-haut comme des bons vieux touristes. On n’est pas peu fiers. Á 21h, apres un fort leger repas, notre lit nous appelle pour reprendre des forces avant de rebrousser chemin le lendemain. Pas facile de s’endormir avec toutes ses histoires de disparus qui ont tenté le pic du Mont Kazbek ou tenté de rejoindre ce camp au mauvais moment aux mauvaises heures… Triste réalité! Le lendemain, nous sommes sur nos gardes et profitons des vues que nous offre, enfin, le Caucasse. Nous mettrons 6h pour redescendre mais moins de 15minutes pour dévorer d’énormes plats de kachapuri, salades, biéres, etc.

Aprés cette aventure, nous faisons un stop dans la region du Svaneti, fort reputé pour ces vins traditionnels. La Géorgie est une des plus vieilles nations productrices de vin au monde, voir peut-être même son berceau. Les premiéres traces de viticultures remontent à 8000ans avec des modes de production en kveri (grand jarre sous terre). Nous serons donc bien restés d’avantage dans ce pays qui nous a tant plus, mais l’horloge tourne. Margaux, la soeur de Quentin nous rejoint dans moins de 20h à 600km. Il est temps de prendre notre train couchette pour arriver au petit matin dans notre dernier pays du Caucasse, l’Azerbaidjan.

À Baku, la capitale, nous récupérons notre colis de Lille :) Nous allons rien changer à notre maniére de voyager avec elle. Perdre un jour dans les transports pour multiples raisons, érrer des heures ici et là (surtout au marché) pour passer du temps avec les locaux, manger un pauvre epis de mais et un paquet de chips pour repas, prendre les transports en commun en se serrant les uns sur les autres, marcher 1h avec son sac à dos pour rejoindre une auberge au lieu de prendre un taxi afin de garder la forme et surveiller notre budget, dormir chez l’habitant, etc… c’est ça notre vie depuis 9mois. Ca sera la seule personne qui aura compris notre quotidien de routards, ce que nous avons vécu et comment. C’est la seule qui peut comprendre réellement ce que veut dire “tcheu tcheu ?” et tout ce qui en suit. Paranthése philosophie de voyage terminé. Donc qu’avons nous fait à Baku ? Pas grand chose. Se laisse aller dans la ville, fumer une chicha dans un café local en jouant aux cartes pour rattraper le temps perdu, passer une soirée avec des amis Azéris de Margaux pour en apprendre plus sur ce pays dont on entend jamais parlé avec ses habitants si honnêtes et de bons coeurs!

Nous serons restés juste une journée à la capitale afin de consacrer notre temps dans la campagne. Baki, comme les locaux l’appellent, est une ville très cosmopolite (son histoire avec l’or noir et ses deux voisins qui se l’arrachait en ont fait ainsi). Elle change à vitesse grand V comme on peut en être témoin du haut de la mythique Maiden Towers qui offre une vue à 360degrés entre la ville et la côte. D’un coté, on peut apercevoir un centre-ville élégant où ses vieux bâtiments de l’Union soviétique accueillent au rez de chaussée des boutiques de luxe. Il a d’ailleurs accueilli une course de F1 fin Juin quand nous y étions. De l’autre côté, le magnifique vieux centre-ville quant à lui enfermé par ces murs de forteresse d’une autre époque surveillé par ce trio de tours de verres dansantes de 180m, appelés “Tours de feu” pour faire référence au pays. Nous sommes sur les “terres de feu”. Derrière, nous pouvons encore apercevoir les vieux ports, au loin des puits de pétrole ou off-shore alors que se développent le long de la corniche des centres commerciaux dont les formes de l’un d’entre eux nous ont fait rapidement pensé aux théâtre de Sydney.

Plus tard, nous profiterons des vertus d’une charmante petite ville Azéri dans le Nord du pays, Seki. Nous marchons au pied des montagnes pour admirer les couchers de soleil quand les bergers viennent abreuver leurs troupeaux. Ou encore jouer aux OK avec les locaux dans un café de derriére les fagots, faire nos courses aux marchés pour savourer toutes ses herbes si fortes et fraiches, chercher son fromage de brebis, pain frais, etc que nous ne pouvons pas toujours retrouver dans des restaurants qui offrent principalement des plats à base de viandes et/ou beaucoup d’huile! Mais nous avons été surpris par ce dolgroma, soupe froide d’herbes dont nous avons envoyé la recette à nos donateurs pour récompense suite à la campagne de financement participatif l’an dernier! Mais ce n’était qu’un début, une mise en jambe pour Margaux. Nous lui réservions une petite surprise aprés.imageIl existe, au pied des montagnes du Caucasse, encore des petits villages de quelques centaines d’habitants qui vivent en autarcie. Leur mode de vie Moyen-Ageux comparé au reste du pays en fait une région fort fier de ses valeurs et traditions. Aprés 2h de route en partant d’une toute petite ville du Nord-Est du pays, nous arrivons enfin dans ce village dont nous vous dévoilerons pas le nom. Ici, on parle un dialect Azéris et c’est tout. Avec notre petit livre de conversation offert par l’office de tourisme de Seki, on entame une conversation avec quelques gaillards qui regardent leur montres tournaient en fumant leurs cigarettes avec leur chaï (thé) bouillant à la main en face du seul “magasin” du village.  Avec le language des signes et des beaux dessins, nous cherchons un logement chez l’habitant pour 3 nuits. 30mn plus tard, on pense s’être fait comprendre puisque notre acolyte Raouf qui répète sans cesse “no problem” et son cousin nous acceuillent chez eux. Cette décision aura été l’une des plus gratifiantes de notre voyage. Ces 3 jours chez l’habitant Ô combien riche en rencontre et découverte resterons à jamais gravés dans nos mémoires. C’était le meilleur home-stay de tout le voyage.image

imageSitué à plus de 2200m d’altitude au coeur d’une chaine de montagne, entourées de maison bien baricadées en bois, toles et pierres, on compte un magasin, une mosque, une ecole et une salle de jeux/fêtes. Mais comment résumer nos journées alors que nous vivions au ralenti si ce n’est que de se ballader dans le village, jouer avec les enfants, dormir, manger, boire comme des rois, se laver dans une bassine utilisé pour faire le fromage, rentrer les moutons, traire les vaches, etc. Les photos de notre album ci-dessous parlent d’elles-mêmes!

Les nuits suivantes auront été moins confortable. L’une se fera sur les banquettes de l’aéroport de Baku puisque notre trio devait se séparer à 5h du matin et il était impossible de trouver une logement abordable pendant la course de F1, la deuxiéme sur des cartons de Pizza hut et Costa coffee pour nous protéger du marbre froid de l’aéroport de Dubai en attendant notre check-in 10heures plus tard. La troisiéme, c’était sous une moustiquaire dans un motel au pied d’un marché de menuisiers qui construisaient des lits toute la nuit. C’était à Kampala, la capitale de l’Ouganda.

La suite à notre retour en Europe. Aujourd’hui, il nous reste 3 semaines. Le compte à rebours est lancé.

Agota et Quentin

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