Carnet de routes n°10 – Au coeur de l’Afrique

De l’hublot, les terres sauvages (agricoles?) s’étalent à perte de vues le long des pistes rougeâtre. Mais toujours aucun signe de vie ou de civilisation à signaler. Puis, quelques minutes plus tard, après un attérissage un peu rock’n’roll, nous mettons les pieds sur le tarmac du dernier continent de notre voyage, l’Afrique.

60km plus tard, nous entrons enfin dans la capitale de l’Ouganda, Kampala. Nous y restons quelques jours afin de s’imprégner de notre nouvel environnement. Nous logeons à côté d’un marché à ciel ouvert de charpentier/menuisier, un marché qui ne dort jamais, tout comme sa capitale. Ici, tout se mélange. Le chemin des écoliers se fait à travers les lits et canapés des artisans, les poules ne sont pas transportées dans des mini-bus mais simplement attachées à l’avant et l’arrière de vélos (des dizaines!), les vigiles des superettes du haut de leur imposant 70kg et 1m70 sont armés de fusils à pompes, les “mama” du coin et leurs cuisines de fortune préparent des plats succulents à base pocho (farine de blé) pour les ouvriers à côté des vieilles rames de trains abandonnés, des jeunes adolescents vendent des çalecons – gentillement offert par des ONG Américaines – dans la rue au bord d’un carrefour bruyant et pollué tout en prenant soin de leurs petit(e)s frères/soeurs malades…  Mais un peu plus loin, c’est pire. La jungle urbaine. Le chaos.

Des énormes bâtiments hideux de cinq étages, probablement construient il y a trois décennies, regorgent de centaines de mini-shops recroquevillés les uns sur les autres. Les salons de manucures trainent à côté des cyber-cafés, restaurants ou encore des vendeurs de savons, dvds, bijoux, tissus, matériel de bricolage, etc. En Europe, ce(s) centre(s) dynamiques sont dispersés en ville ou réunis dans un centre commercial. Mais ici, il y a rien d’organisé, élaboré, propre, réglementé ou encore épuré. Heureusement que leurs “expertise” en montage photoshop pour faire de la publicité viennent adoucir cette pollution visuelle… On pensait avoir vu le pire en Asie mais ici c’est toute une autre dimension. Ça ne donne pas vraiment envie n’est-ce pas ? Croyez-nous, c’est toute cette vie et dynamique dans les rues de ce genre de villes et villages qui nous manque le plus aujourd’hui! Sans compter les fruits et les avocats qui ont émerveillé nos papilles comme jamais!screen-shot-2016-09-26-at-16-17-03Un jour, nous cherchons une connexion internet. Pour trouver un cyber-café, c’est parfois le parcours du combattant. Encore heureux que les Ougandais parlent bien l’anglais et qu’avec leurs grands sourires ils soient toujours prêt à nous aider, quitte à prendre 5 à 15mn de leurs temps pour nous montrer le chemin, ou leurs cantines préférées. Nous demandons donc à une première personne qui nous envoie dans un quartier X, puis une seconde dans une rue Y, et troisième dans un “centre/magasin” Z. Puis on demande à un autre Ougandais, car on n’avait rien compris puis on nous dit “Allez voir les mecs assis là-bas”. On s’approche de ces trois grands gaillards qui n’inspirent vraiment pas confiance. L’un d’entre eux, vêtu d’un bonnet spiderman (probablement le chef), nous accompagne dans un building où les passages sont étroits et obscurs. Moment de silence. Puis on rejoint l’autre côté de la rue pour aller dans un mini-shop de recharge mobile. Le patron prend son portable et appelle un ami qui nous accompagne au cyber-café qui était deux étages au dessus de lui. Et 45 minutes et 6 rencontres plus tard, on est au cyber-café. Mais internet ne marche pas. Il faut revenir demain…

Trois jours plus tard, nous partons en direction de l’Ouest pour rejoindre Fort Portal où notre ami Morence nous attend dans son village, Kichwamba. Nous souhaitons faire du volontariat pendant deux semaines dans son orphelinat et se frotter un peu plus à la culture Ougandaise. Sûrement, l’une des meilleures décisions de notre voyage! Nous apprendrons tellement de ses 55 orphelins et la famille de Morence. Il faudrait en écrire tout un nouveau carnet de routes mais mieux vaut une image que 100000 mots….screen-shot-2016-09-26-at-16-16-27

Et si une image ne suffit pas. Notre album est ici. À côté de tous ces bons moments, nous n’avons point chômé pendant notre séjour. Agota donnait des cours d’Anglais tous les matins à l’école primaire, Quentin des cours de Géographie dans la journée pour l’école secondaire et entre les cours nous travaillions sur d’autres petits projets pour l’ONG (plantations bananiers, biomasse, photo, etc). Après deux semaines, il était temps de partir et de découvrir un peu du pays. Nous nous dirigeons vers le Sud pour passer deux jours au bord d’un lac et rencontrons un Suisse qui nous invite à le rejoindre dans son petit coin de paradis, loin des afflux touristiques. Comment y aller ?

- I have a boat, no worry.
- Awesome! Where is it ?
- Just here.
- But… this is a tree trunk.
- Yes, it’s my boat.

Creusée dans un tronc d’arbre, la pirogue n’est pas très épaisse et lourde. Nous devons éviter les gestes brusques au risque de se renverser mais c’est plutôt amusant! Surtout quand nous devons aller au marché pour faire les courses pour le week-end. Ça change d’aller à Carrefour en voiture ou à vélo.

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Mais le temps presse. Nous devons rejoindre rapidement la ville la plus proche car la France joue la finale de la Coupe d’Europe contre le Portugal! En quête de civilisation et d’internet, nous allons directement le soir même, à Kigali, la capitale du Rwanda.

Le lendemain de la défaite des Bleus, aucun intérêt à rester en ville, nous traçons donc notre route à l’Ouest afin de découvrir le vrai Rwanda et sa campagne. À Musanze, il n’y rien à faire et voir mis à part des treks pour voir les gorilles à 750$/personne. Nous nous contenterons de les voir en photo et décidons plutôt de laisser le temps couler et découvrir dans les alentours.screen-shot-2016-09-26-at-16-24-39

Dans d’autres villes, ça sera le même principe. Les activités touristiques sont couteuses et les échanges sont donc loin d’être naturels entre étrangers et locaux. Le marché est donc notre destination phare. C’est l’un des gros poumons d’une ville. Regarder et échanger avec les locaux afin de comprendre qui est le Rwanda, tel est notre voyage. Nous voyageons donc très lentement. On rate peut-être “beaucoup” de choses comparé aux autres touristes niveau culturel ou autres, mais qu’importe car…

- Cuisiner notre guacamole quotidien avec des avocats qui font la taille d’un ballon de handball, en allant voir tous les jours la même personne et découvrir sa famille au fur et à mesure;
– Acheter un tissu et trouver une couturière qui peut en faire un tee-shirt à Quentin. Ça prend bien plus de temps que d’aller dans un shop et d’ouvrir son portefeuille, certes, mais c’est bien plus amusant;
– Marcher 15-20km pour rejoindre un lac puis trouver un pécheur qui peut nous emmener faire un petit tour sur sa pirogue pour nous montrer les oiseaux du coin;
– Marcher dans les plantations de thés et aider les employés à porter leur chargement sur la tête;
– Rentrer à l’improviste dans une église ou école pour assister au gospel du Dimanche et discuter avec les jeunes du quartier;screen-shot-2016-09-26-at-16-25-14 – Marcher en direction de l’Est et, 30mn plus tard, tomber dans un village perdu au milieu de nulle part, où nous jouerons avec ses enfants en guenilles afin qu’ils aient une journée un peu différente avec des “muzungu” (homme blanc). Des muzungu qui font des tours de magies et qui savent se salir les mains, ça surprend encore plus. Pour eux, les hommes blancs ne savent pas faire grand chose des tâches quotidiennes/ménagères… Histoire vraie! En Ouganda dans l’orphelinat, la cuisto surprend Agota en train d’éplucher des pommes de terre…

- Please madam, don’t worry, I will cook for you!
- It’s ok. I like to cook.
- But you don’t know how to pill a potato and cook ?
- I do. Don’t worry. In Europe, women like to cook as well!
- Really ? Oh my god! You know how to cook!
- Quentin as well!
- WHAT?! Quentin ? A man can cook. But… it’s forbidden!

Et c’est la même chose avec la lessive. Et quand on dit qu’Agota est plus âgée que Quentin, on les a perdus. Ils nous comprennent pas. Leurs traditions, parfois moyen-âgeuses comme dans d’autres pays que nous avons traversé, sont tellement ancrées dans leur culture et façon de vivre, qu’il est impossible de les convaincre qu’une telle “chose” est possible de nos jours. C’est aussi drôle que choquant de voir ça au 21ème siècle.

Les jours suivants, nous avons marché des heures dans un parc national qui abrite l’une des plus anciennes forêts tropicales du monde. Un peu septique au début mais quand on y a mis les pieds, nous étions en plein dans un reportage de National Geographic. Notre trek de 10km a été bien plus intense que prévu dans cette folle jungle qui offre une palette de couleurs de vert exceptionnelle. Et ces arbres qui ont parfois des centaines d’années dont la circonférence dépasse parfois les 2,5m… sont impressionnat! screen-shot-2016-09-26-at-16-29-07

Nous n’étions pas au bout de nos surprises, quand suite à la rencontre de deux anglaises, nous partons le lendemain ensemble pour tracer les chimpanzés dans la forêt. Départ 5h00 afin de ne pas rater les primates en train de manger leur petit déjeuner perchés en haut des arbres vers 6h30-7h. Après 1h de route et 20mn de marche, notre guide reçoit des appels talky-walky de ses collègues. Ils ne sont pas loin. Il faut courir. Il ne faudra pas nous le dire deux fois.

Mais dans cette épaisse jungle, il faut regarder où mettre les pieds. Le sentier est jonché d’obstacles entre lianes et racines titanesques et tentaculaires. Exercice “pas facile” puisque le soleil se lève et nous offre un spectacle extraordinaire. Il faut dont parfois relever la tête pour en apprécier la beauté et les oiseaux qui chantent des mélodies et sons qui sort de l’imaginaire. Puis, tout à coup, le chorus des chimpanzés commence! Ils se réveillent et poussent des cris lourds, puissants et complètement fous. Nous avons des frissons dans le dos. Nous étions tous littéralement excités comme des gamins qui vont pour la première fois à Disneyland. Retour en enfance! Et là, ils sont sous nos yeux. À 40m, 30m, 20m… puis nous nous approchons d’un arbre pour les voir descendre à moins de 10m. “Les chimpanzés ont une force surhumaine” notre guide répétait. On l’aura vite compris quand le boss de la bande descend avec ces bras de monstres, mais qui sous cette armure de muscle cache un visage et des yeux si doux. Puis, nous regarde. Silence.

Difficile de décrire d’avantage le Rwanda. Nous n’avons pas fait grand chose mise à part absorber au jour le jour notre environnement et ses habitants qui en font la richesse. Un vrai voyage, autant humain que culturel. Si vous voulez y jeter un coup d’oeil, c’est ici

- Can I go, just one second in Tanzania, to get my tickets ?
- No
- Why ?
- No visa, no entry.
- My bus already left. This is the last one. I have to go. Thank you

Ce n’était que pour une histoire de bus, mais c’est quand même plutôt facile de rentrer illégalement en Tanzanie au final! On ne sait pas trop si les douaniers étaient plus flexibles que fainéants mais Quentin a su re-rentrer au Rwanda en marchant tranquillement à côté des bus (l’autre gardien avait fermé la porte par laquelle il était entré) comme si de rien n’était. Dernier visa en poche, on fonce à Arusha mais sur le deuxième jour de transport, on tombe en panne au beau milieu de nulle part. Il est 11h30, le thermomètre monte à 40° sans vent et nous avons encore 7h de route devant nous. On devra attendre le prochain bus qui prend uniquement 5-6 passagers sur les 70. Quand le bus arrive, c’est chacun pour soi. Aucune priorité aux femmes, enfants ou personnes âgés. Les gens crient, poussent, jouent des coudes… mais Quentin se fraye un chemin et s’accroche tant bien que mal à la porte du bus et s’étire comme il peutimg_0807 pour prendre de la place… avec ses jambes qui décolleront rapidement du sol avec le mouvement foule. 5mn plus tard, nous sommes dedans mais à l’arrière du bus où à 130km/h, les secousses sont d’une violence monumentale! On s’accroche comme on peut pour éviter de se cogner la tête ou le coccyx. Ces sept dernières heures de voyage font parti des plus sportives et horribles du voyage.

À Arusha, nous travaillons un peu et partirons pour faire 2jours de safari avant de rencontrer notre partenaire en plein coeur de la Tanzanie à 700km d’ici. C’est (re)parti pour deux jours de voyage Rock’N’Roll sur les routes Tanzaniennes avec un stop dans un super motel tellement crasseux et hideux que même les masaïs de passage y dorment. Nous resterons quelques jours avec notre partenaire IDYDC afin de découvrir leurs programmes et leurs impacts. Pour résoudre ces problèmes d’extrême pauvreté, ils vont s’attaquer d’abord aux causes de ces derniers. Ici, en Tanzanie, l’alcool et le SIDA sont un vrai fléau. IDYDC approche ses futurs collaborateurs en leur apportant deux solutions. La première, une opération de sensibilisation et d’information. La deuxième, le micro-crédit. Leur motivation et créativité les ont même amenés à créer aussi une station radio pour diffuser les cours de micro-crédit afin d’économiser des frais de transport. Et, certains de leurs partenaires se trouvent à plus de 80km de l’ONG.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Après tous ces trajets et ces intenses journées de shooting pour vous apporter notre dernier mini-reportage sur la micro-finance solidaire, nous traçons nos derniers 800km pour rejoindre Zanzibar pour se relaxer après 25000km sur les routes du monde. Nous partons pour le Sud-Est où la plage se partage en harmonie entre touristes et locaux. On vit “la vida local” en mangeant du poule et ugali (polenta de farine) pour 1,5e dans une cantine, en partageant avec les locaux une partie de “on ne se rappelle plus le nom de jeu” avec du talque pour bébé pour adoucir la planche du jeu de société et avec comme assise un pneu de voiture, en sortant dans une boîte de nuit où les Tanzaniens nous ont montré leurs plus beaux déhanchés jusque 4h du matin, en pécheant avec “l’ami d’un ami d’un ami” sur un bateau de fortune avec une ficelle et une brique de bois en tant que canne à pêche, etc. Nous n’aurons pas plus de temps pour découvrir la capitale de ce petit archipel, Cape Town, qui nous a charmé le temps d’une soirée. Les influences Omanaises et Indiennes sont fortement présente ici sur cette île multi-culturelle au riche et dure passé.screen-shot-2016-09-26-at-16-47-17

Mais l’horloge tourne sans que nous nous en rendons compte. Demain, il sera temps de rentrer après 342jours de voyage. Et non, nous ne sommes pas déçu de rentrer. Ce n’est que le début de nouvelles aventures après tout. Et puis, même si le sentiment de liberté, l’exotisme des pays traversés, leur bordel, leur nourriture si fraîche et délicieuse, la mentalité et générosité de ses habitants et des voyageurs rencontrés sur la route, etc nous manque énormément, il semblerait qu’il y ait une vieille Renault 4L et deux vélos qui nous attendent sur le vieux-continent, le meilleur pour la fin ?OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Agota et Quentin

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